Salah

Stétié


Le point de vue d'Yves Bonnefoy
Etudes universitaires
Le critique d'art
Libre tribune
Le méditerranéen
Salah Stétié et le Liban
Un auteur francophone
Salah Stétié
en langues étrangères
(traductions et articles)
Extraits
Derniers ouvrages publiés





















En attendant …



Cet homme nous vient du fond des terres, du fond des âges,
Cela fait des milliers d’années qu’il est Juif
et cela fait des siècles qu’il est Arabe,
Il vient de Bagdad, entre Tigre et Euphrate,
sous les palmiers, ville abbasside, ville éternelle,
Il a écrit d’abord en arabe, puis, parce que
Paris est Paris et que la France est ce qu’elle est,
le cœur de la culture, le cœur du monde,
Il a écrit comme beaucoup de ceux dont le
cœur bat au rythme du monde et sous le
déploiement dans le grand ciel du monde
des étendards brillants et flambant neuf de
toutes nos fêtes,
En français, il a écrit en français, et,
de son cœur à sa plume, le français est arrivé
comme un nouveau flux de sang doublant
le beau sang rouge de l’origine,
Idées, souvenirs, enfance, personnages, poésie et
rêve sur la poésie, tout lui est arrivé d’un seul
coup, sur un demi-siècle d’étalement
créateur, dans cette langue, la sienne désormais,
et la mienne,
Sans que ni lui ni moi n’ayons renié, lui sa
judéité, moi mon arabité, dans cette langue qui
nous est convergence,
Et dans la convergence, il y a l’amitié et la foi,
la confiance dans ce qui va, dans ce qui doit venir :
Paix dans le cœur et l’esprit, fraternité
inaltérable, au-delà de la stupidité des massacres,
parce que la vérité et la justice sont plus fortes
et plus conséquentes que le déchirement, le délabrement
des consciences, et la brutalité de ceux dont la
mâchoire est lourde et le front bas,
Et que la main de l’homme juste ne peut que
reposer dans la main de l’homme juste, pour que
cessent le cactus des barbelés et l’affreux crachat des canons,
Abraham-Ibrahim, l’Ami de Dieu dans ton cœur,
Naïm Kattan, du Québec, et dans mon cœur, moi qui
suis le fils d’un Liban dont nous est venue la Fiancée,
Abraham pleure sur la Palestine en deuil, et qui
resplendira plus tard, cher Naïm, parce que deux hommes
d’amitié ont vécu, rêvé et souffert en même temps, et
qu’ils n’ont pas perdu confiance l’un dans l’autre,
Hommes seulement présents à la vérité de l’Esprit qui est une
et indéfectible, quand elle existe, là où elle existe,
Deux hommes seulement, mais représentatifs de beaucoup
d’autres, et qui croient comme eux, avec eux,
que la parole est fondement, fondation et refondation,
Et qui attendent dans le salut promis et donc en marche,
nécessairement en marche, l’achèvement de la longue
nuit stérile et la sortie, au vif tranchant de l’aube
et du livre, du premier jumeau délivré.

Salah Stétié
Montréal, le 5 novembre 2001



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