![]() |
Stétié |
|
LE FRANÇAIS, LAUTRE LANGUE
La langue française est lune de ces langues dont beaucoup dhommes et de femmes, disséminés sur les cinq continents, ont besoin pour vivre. Cela ne veut nullement dire que dautres langues, et notamment la langue nationale de chacune des communautés humaines qui composent le monde et qui sont autant dunités linguistiques, soient de moindre intérêt ou de moindre importance. Jai pour chacune des cinq mille langues confirmées dont sont tributaires les principales cultures de la planète le plus grand respect et, au-delà même du respect, la plus vive des fascinations. Une langue, cest une histoire, avec tout un vivier dhommes et de femmes, cest une mémoire, cest une structure mentale, conscient et inconscient pris dans la nasse des mots, cest une sensibilité spécifique et souvent vertigineuse, ce sont des concepts et des valeurs, ce sont des points darrimage et des objectifs immédiats ou lointains. Cest dire ainsi quune langue, une langue vivante, cest passé et avenir traversés par la même courbe de vie un projet. Un projet qui tient de toute sa force à lévénement, passé, présent, futur car rien dans le futur qui ne vienne du passé, et cest peut-être là lun des plus hauts enseignements de toute la langue que cette admirable chaîne impalpable, que cette continuité dans la prise qui est de lordre de limmatérialité spirituelle.
Donc, salut à toutes les langues et, aussi, aux idiomes moindres, aux dialectes et à leurs dérivations, aux patois, aux modulations diversifiées au sein de chaque langage, aux accents. Avant daller plus loin, puisque le mot langage a été prononcé, comment ne pas saisir loccasion pour rappeler les vers célèbres de Paul Valéry ?: Honneur des Hommes, Saint LANGAGE Discours prophétique et paré, Belles chaînes en qui sengage Le dieu dans la chair égaré Illumination, largesse! Voici parler une sagesse Et sonner cette auguste Voix Qui se connaît quand elle sonne Nêtre plus la voix de personne Tant que des ondes et des bois! Valéry dit quune fois sa place affirmée dans le langage, la chose idée ou sentiment évoqué perd ses contours spécifiques, sa nature naturée, pour se fondre dans luniversalité conceptuelle qui permet la communication. Je ne veux pas trop mattarder sur cette notion aujourdhui battue en brèche aussi bien par la linguistique contemporaine que par ces manipulateurs exceptionnels de mots que sont les poètes et pour qui il nexiste pas, en poésie du moins, ni de mots à valeur généralisée et abstraite, ni de chose idéelle capable de se projeter dune manière décorporée dans la langue. Georges Schehadé sest-il mieux exprimé, en la matière, quand dans sa pièce de théâtre La soirée des proverbes , il fait dire à lun de ses personnage, Azgengeorge, figure du poète, à propos du livre quil lit, Le jet deau grammatical: Cest une étude volumineuse sur le langage et ses accessoires: la ponctuation et les idées [...] Un traité sur lémancipation des mots. Depuis le temps quon les marie, à léglise ou à la mairie, à la plume ou au crayon, ils aspirent à plus de conscience, à la vie heureuse des oiseaux et des lions. suite |