Salah

Stétié


Le point de vue d'Yves Bonnefoy
Etudes universitaires
Le critique d'art
Libre tribune
Salah Stétié et le Liban
Un auteur francophone
Salah Stétié
en langues étrangères
(traductions et articles)
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de Salah Stétié
Extraits
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EXTRAITS

II
De pierre elle est, lampe, et puis d’air. Blanche est la pierre, et noire la lampe. Contre son verre éblouissant, ce sont des colonies d’insectes. Ils tuent le sens, l’instinct de la lumière. On les voit venir de très loin, de la mort, assise sur sa chaise, assise et qui regarde avec étrangeté le dieu du vide.
Parfois les insectes s’écartent, laissant filtrer un peu, à peine, le lait abstrait du songe.
La lampe est pourtant source. Il suffit pour cela de tourner la page du livre, de laisser l’eau revivre. Elle chante pour elle-même en demi-sphère du cœur meurtri. Qu’elle chante encore, lampe de pierre et de verre, idole aux yeux fermés, établie sur la table même où fut posé, par la main dévêtue, le vieux violon ! Qui se fera, la nuit venue, racine et fleurs. Toi, lampe, l’éclair d’un marteau te réduira, dans le temps déjà né, en fagot de poussière.

(…)

IV
Puis se fit une neige.
La lampe qui l’habille est une étrange pierre. Et qui lui est tombe définitive. Le feu comme l’épée flambera dans les arbres.
Cette épée, nous la portons entre nos cils. Elle tranche dans le vif. La lumière enfantera par la bouche : cela, personne ne l’avait dit.
… Et seulement les retombées de la neige, habillée de miroirs et de volutes. Désir de ce très pur moment quand la main grandira comme un enfant aveugle pour cueillir à même le ciel un fruit miré, et qui n’est rien. C’est alors que la lumière retournera au sol pour s’endormir, immense, dans ses linges. Pour apaiser sa fièvre, et pour, dans la cascade torsadée, éteindre, avec la rosée, sa crinière.

(…)

VI
La lampe, mon amour.
Je te revois dans ce jardin de feuilles. La lune y est légère. Et toi, d’oiseaux tes mains. Amande immatérielle, où es-tu, ma très nue ? Et ce violon de rien, posé sur un très pur lit, fils de la pierre. Nous dormirons ensemble. Entre nous ce violon démesuré. Et qui sera détruit.
Ta lumière enfin enlacée à la mienne comme sont, de cuivre et corde, les objets de la mer. Le temps va se lever. Je n’oublie rien de cela qui nous fut dit entre dentelle et fruit. Ni je n’oublie, quand eut cessé l’orage, le retrait de ta rose chaude, jusqu’aux larmes.

(…)

IX
Tout ce qui compte, tu le sais, est liseré, lisière. Je pense à ce qui tremble. Ce gibier-là, soyeux, est de peau transparente sous l’œil dur des fusils. Le sang aussi, facile à prendre. L’oiseau nous oubliera.
Mais toi, dans ce pays. Noire et dorée comme est la moisson de l’orage. L’épée du vent divisera le sel. Tu seras, mon amour, entrebâillée. Ton sang qui flue garnira l’obscure lampe, irradiera. Tu parleras la langue.
On ne saura jamais ce qui fait la nuit s’éclairer à la noirceur. Un ange est là, avec son dos terrible. Pour protéger nos dos.
Et la rivière aussi est-là, enfouie avec ses ruches. Le temps est au silence.
L’abeille est brève entre l’aube et la fleur.

(…)

XIV
La résorption de la lumière dans l’huile, de l’huile dans l’olive : secret de lampe. Mais la lumière dénude la lampe et s’envole. La lampe alors – (on l’imagine) – se fait absence. La lumière s’en va rejoindre l’olive là où l’olive est en voie de se former. Par effraction, elle s’introduit dans la maison de l’olivette qu’elle vêtira sobrement, puis qu’elle tuera.
La lampe attend sans lampe une idée qu’on se fait d’elle. Elle est – si elle est – obscure par vérité. Entre ces deux objets, olive et lampe, hésite un papillon, celui, toujours à naître, de la lumière … Vérité de ces trois exils dont durement se forme une lampe paradoxale : la poésie, sa lampe jamais prouvée, huile et lumière, et qui, le froid venu, s’effacera.