II
De pierre elle est, lampe, et puis dair. Blanche est la pierre, et noire la lampe. Contre son verre éblouissant, ce sont des colonies dinsectes. Ils tuent le sens, linstinct de la lumière. On les voit venir de très loin, de la mort, assise sur sa chaise, assise et qui regarde avec étrangeté le dieu du vide.
Parfois les insectes sécartent, laissant filtrer un peu, à peine, le lait abstrait du songe.
La lampe est pourtant source. Il suffit pour cela de tourner la page du livre, de laisser leau revivre. Elle chante pour elle-même en demi-sphère du cur meurtri. Quelle chante encore, lampe de pierre et de verre, idole aux yeux fermés, établie sur la table même où fut posé, par la main dévêtue, le vieux violon ! Qui se fera, la nuit venue, racine et fleurs. Toi, lampe, léclair dun marteau te réduira, dans le temps déjà né, en fagot de poussière.
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IV
Puis se fit une neige.
La lampe qui lhabille est une étrange pierre. Et qui lui est tombe définitive. Le feu comme lépée flambera dans les arbres.
Cette épée, nous la portons entre nos cils. Elle tranche dans le vif. La lumière enfantera par la bouche : cela, personne ne lavait dit.
Et seulement les retombées de la neige, habillée de miroirs et de volutes. Désir de ce très pur moment quand la main grandira comme un enfant aveugle pour cueillir à même le ciel un fruit miré, et qui nest rien. Cest alors que la lumière retournera au sol pour sendormir, immense, dans ses linges. Pour apaiser sa fièvre, et pour, dans la cascade torsadée, éteindre, avec la rosée, sa crinière.
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VI
La lampe, mon amour.
Je te revois dans ce jardin de feuilles. La lune y est légère. Et toi, doiseaux tes mains. Amande immatérielle, où es-tu, ma très nue ? Et ce violon de rien, posé sur un très pur lit, fils de la pierre. Nous dormirons ensemble. Entre nous ce violon démesuré. Et qui sera détruit.
Ta lumière enfin enlacée à la mienne comme sont, de cuivre et corde, les objets de la mer. Le temps va se lever. Je noublie rien de cela qui nous fut dit entre dentelle et fruit. Ni je noublie, quand eut cessé lorage, le retrait de ta rose chaude, jusquaux larmes.
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IX
Tout ce qui compte, tu le sais, est liseré, lisière. Je pense à ce qui tremble. Ce gibier-là, soyeux, est de peau transparente sous lil dur des fusils. Le sang aussi, facile à prendre. Loiseau nous oubliera.
Mais toi, dans ce pays. Noire et dorée comme est la moisson de lorage. Lépée du vent divisera le sel. Tu seras, mon amour, entrebâillée. Ton sang qui flue garnira lobscure lampe, irradiera. Tu parleras la langue.
On ne saura jamais ce qui fait la nuit séclairer à la noirceur. Un ange est là, avec son dos terrible. Pour protéger nos dos.
Et la rivière aussi est-là, enfouie avec ses ruches. Le temps est au silence.
Labeille est brève entre laube et la fleur.
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XIV
La résorption de la lumière dans lhuile, de lhuile dans lolive : secret de lampe. Mais la lumière dénude la lampe et senvole. La lampe alors (on limagine) se fait absence. La lumière sen va rejoindre lolive là où lolive est en voie de se former. Par effraction, elle sintroduit dans la maison de lolivette quelle vêtira sobrement, puis quelle tuera.
La lampe attend sans lampe une idée quon se fait delle. Elle est si elle est obscure par vérité. Entre ces deux objets, olive et lampe, hésite un papillon, celui, toujours à naître, de la lumière
Vérité de ces trois exils dont durement se forme une lampe paradoxale : la poésie, sa lampe jamais prouvée, huile et lumière, et qui, le froid venu, seffacera.