Salah

Stétié


Le point de vue d'Yves Bonnefoy
Etudes universitaires
Le critique d'art
Libre tribune
Salah Stétié et le Liban
Un auteur francophone
Salah Stétié
en langues étrangères
(traductions et articles)
Extraits
Derniers ouvrages publiés






































NE PARLANT QU’À LA PIERRE

(très long poème de plusieurs pages
publié dans les
Fiançailles de la fraîcheur,
Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003 ;
dont quelques strophes sont ici présentées)



Celle qui va contre le vent l’épaule courbe
Elle est nocturne avec le cheval de ses jambes
Brisant la flamme enracinée en agonie
De centre et de pur sable et de racines
Les étoiles tenant avec leurs mains la grille
Et regardant le froid tomber sur l’herbe noire
Touchée du feu, herbe aimée de la nuit vive
Sous la poussière céleste qui va s’éteindre
Puis mourir pour laisser briller l’esprit
Plus pur enfant que sa prison ses yeux de larmes
Dominant le Néant enfin néant le monde
Enfin livré à des armées passantes
Autour de la lampe restée dans la maison
Abandonnée et ne parlant qu’à sa pierre

(…)

Rêveuse est celle-là
A l’ombre du grand sable
Et son corps d’oasis est brouillé par la vent
Le lac profond de ce qu’elle est est dans la pierre
Et donne aux anges du feu leur nom de pluie
C’est ici l’oasis ô femme ô veine herbeuse
Avec l’aisselle herbue et la rivière
De ta joie forte et ce fracas d’emmêlement
De durs roseaux absolus par le désir
Ardeur de ces roseaux majeurs rompant la femme

Je salue le temps l’océan sa main de cuivre
Car il finira lui aussi par s’effacer
Toutes villes, ivres d’absence, le salueront
La femme absente marchera sous le vent dur
L’amande ouverte de son ventre désœuvrée
Impurement elle aura des mains de neige
Et son épaule aussi sera de fille impure
Fille rêvant d’un grand cheval surgi du feu
Où flambe sa crinière aussi de femme grande
En lieu de sable et de désir sous l’amandier
Blanchi par le hennissement des terres

(…)

Et pourtant mon amour il y avait ce cheval
Avec son long hennissement d’azur
Et toi tes jambes fortes
A nouveau les voici marchant dans les prairies
Par les rues de la ville
Ni toi ni moi ni le cheval de cette ville
N’avons rencontré le poète et son enfant
Je porte en moi ô mon amour cet enfant mort
Comme un bouquet un fagot un enfant mort
Pour le donner aux rusées constellations
Qui vont bientôt s’éteindre

(…)

Beauté abstraite des falaises de tes jambes
Avec le long jasmin de leur malheur
Dans ce pays de rossignols près de la mer
Et le rossignol est un aigle : il parlera
Langage d’aigle avec le vent des sables
Au sommet de la dune
Où tient le point de l’écroulement du sable

" Quand la mémoire va au bois, cela fut dit,
Elle ramène un joli fagot "
Ici tout est mémoire
Ici ici tout est enfin mémoire
Il faut trouver l’issue
Il faut trouver l’issue
Il faut trouver l’issue