Mille roses pour l’épine
Mille regards pour l’aveugle
Au bout de ses doigts le bruit de ses yeux
Ainsi que ruisseau de la préhistoire
Quelques bêtes venues pour le cataclysme
Les fiancés ont préféré dormir sous l’arbre
Ils n’ont pas connu le nom de l’arbre
Non plus que le nom du nom, ni leurs prénoms
Au bout de chacune de leurs mains aveugles
Des doigts de doigt :
Refermé, meurtri,
Un œil refermé.
C’est la main qui voit avec l’œil du centre
Les amants voient en levant la main
Leur paume est miroir
Autour les insectes
Les mouches les abeilles les guêpes les libellules
Les papillons ne sont pas les moins féroces
Le ruisseau marmonne un chant de préhistoire
Elle, dévastée par la tyrannie,
Préhistoire, la fin des mots commence
Le mot qui dit la rose n’existe pas
Tout est possible : il signifiera le crabe
Le crabe, l’irrationnel mangeur de roses.
Rose et raison. De raison nous sommes.
Nous, les inaccomplis, les ombreux, les inexistants.
L’irrationnel peut-être est-il baleine ou fleur
Requin bleu ou feu de la salamandre
La rose aussi n’existe.
Quelle rose dans cette pestilence d’excrément ?
Pestilentiels les chats, pestilentiels les amants et tous leurs chiens.
La porcherie d’amour n’est pas loin.
Jamais les gestes aussi las, aussi lents…
La main regarde avec l’œil du centre ; regarde
Tomber le paysage, les Alpes insonores
Tout cela ne serait ni grave ni terrible
Si quelqu’un vraiment regardait, voyait.
Si nous n’avions, debout, les pieds dans les fourmilières
Un glaçon dans le céleste ciel, la lune :
Orpheline et dévorée de banlieues, claire aux tramways !
« L’histoire a-t-elle commencé ? », demande-t-on.
« Elle est déjà finie », répond Nietzsche.
Les amants, les fiancés ne sauront pas qu’ils vont mourir.
On échangera leurs bras contre des artichauts
Leurs pieds contre des navets, leur cœur contre un chou rouge
Leurs mots feront partie d’économies secrètes, d’une monnaie inconnue
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