Salah

Stétié


Le point de vue d'Yves Bonnefoy
Etudes universitaires
Le critique d'art
Libre tribune
Salah Stétié et le Liban
Un auteur francophone
Salah Stétié
en langues étrangères
(traductions et articles)
Extraits
Derniers ouvrages publiés





















































































































































FIANÇAILLES DE LA FRAICHEUR
in
Fiançailles de la fraîcheur, Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003


Les Conversants

Nous avons donc parlé sous la tonnelle
De la diversité concertante des anges
Des fourmis affairées dans le jardin
Où l’eau brillait parmi ses catégories
Jusqu’au lointain des cruches

La poésie dormait dans ses racines d’arbre
Depuis l’antiquité comme une jeune fille
Agrippée au désastre de la parole
Pour ce naufrage où la terre est consolatrice

La terre était l’enfant de nos viscères
Où déjà des fleurs de formaient préparant
Notre silence vide le plus intime
Sous le ciel dur invisiblement défait
Par la mêlée des grues et des nuages


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Eclairement des tables

Je pense à des coquelicots dans le souffle
Car la maison est encore maison du souffle
Sur eux tombent les papillons de l’origine
Comme si un moteur respirait

Nous entrerons par la porte des arbres
Maisons et tables éclairées
Les plus purs s’inquiéteront des libellules
Leurs cils dormeurs veillant
Les autres dormiront à même les racines par goût de l’eau

Les enfants crieront les hommes regarderont le ciel
Qui moud le temps sans jamais produire de farine
Et seuls sous le bosquet noir du champ
Fermeront les yeux, pour rêver, les amants myopes
Leur tête à vif entrelacée de serpents


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Liens

Dans toute voix, ma voix, il y a sans doute
Un cygne fait de larmes
Près des gorges de l’eau, près de cet arbre,
Si noir d’automne et rouge
Si noir et si noué
Avec le fil étincelant du sang

Pour ce sou de l’aimée, pour ses blessures
L’arbre écrit sa limpidité sur la route
Où sont des soldats ligotés par le vent
La flamme ouverte de leur main sur des champs
Couverts évasivement de lampes vives
Eclairées par des rencontres de colombes
Qui vont dormir quand ils disparaîtront


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Limpide

Ma maison est blessée ma maison est de pluie
Sous tous les toits du vent
La mort ô mon amour est un cheval
Sa tête et ses naseaux sont vin et grappe
Personne ô mon amour n’a mesuré l’intensité des arbres
Avec, servant la fable,
Les voix tremblantes du matin l’ambiguïté de la lumière

Poésie ô très décidée ô lent moteur
Brillant partout dans tes rotations vides
J’ai des secrets que je ne dirai plus
Ni même au rat dont les dents sont si serrées
Qu’il mange seul maïs et blé

Ville oublieuse, oubliant de sauver l’opium de ta tête
Sous les ramiers ramant
Et dans leur bec d’oiseau un drapeau mort
– Déchirée ô si déchirée pureté
Comme est la rose surgissant de la main droite


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Fabrique du bleu

Parfaitement est le nom de l’imparfait
Brillant dans la complication des liserons
Debout, ce jardin de herses – pierres
Suspendues dans le froid léger le vent très haut
Singeant l’arbre et le feu de l’arbre, c’est très bleu
La conscience, bleu du bleu, l’apport des pierres
A la lune et à cela qui lui est nombre
Façonnant de tresses nouées les fleuves

Ce qu’ils disent : c’est la terre ici, ses respirs,
Son thorax, ses os iliaques se défaisant,
Dans ce pays qui paisiblement brûle
Sur des couples d’autorité, laurés, phalliques,
Endormis dos à dos sous l’arbre et ses monnaies
(Détachées, souriantes)
Homme et femme est donc ce doux monstre en ses beaux membres
Debout dans la poussière
Puis couché, recouché,
Entre pur et impur
Se refaisant


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Inscription de l’aigle

Aigle, rose, éclair
Invités de ma table d’humilité
Je n’ai que de l’eau claire à vous donner
Ainsi que la nudité de ma chemise

Ceux qui croient que les morts vont habiter la lune
Avancent dans la ville avec les arbres
Le silence au-dessus d’eux est un fruit
Eclairant la chasteté de leur blessure

Chemise habillant l’oiseau
Sur qui la rosée tombe
Notre sang, là, est celui qui veille et brille
Dans la chambre avec la lampe des choses
Inscrite et inquiète


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Grâce et buée

Elle a refusé de couper les ongles du mort
Malgré l’injonction du soleil et de la lune
Dans le jardin c’est foule
Dans le jardin soudain c’est foule
Tulipes, actes de verre, roses, rosiers, amandes
Tout un nuage arrivé brusquement pour voler l’herbe
La couleur hésite avant de se poser
Puis se pose, grâce et buée, près du rouge-gorge

Avec ses ongles non coupés il s’en va
Sa tête consolidée sur ses épaules
Il monte et il descend les escaliers de sa propre folie
Comme un ruisseau oublieux de la physique
Bondissant dans la haute inexplorée montagne
Longtemps, longtemps, dilapidant son souffle
Puis le voici, le parlant plus, habillé de ce souffle même
Par lui rendu visible

Elle a refusé de lui couper les ongles
Malgré l’injonction


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Renarde

Les renards, les grands doux renards des montagnes
Voilés par leur sommeil
Ils sont venus vers la parole en cycle
Devançant les forêts disloquées, devançant
Les affolées montagnes
Affolées par leur cargaison de violettes
Pas à pas elles marchent
Dans l’univers qui n’a ni mains ni pieds

Levons-nous, mon cheval, nous avons sommeillé
Nous aussi sous le grand arbre avec ses feuilles
Voici que la pluie tombe
Sur le malheur de nos maisons dans ce village
Cerné de blé, de maïs, de durs chasseurs

C’est ici le rocher du monde, mon amour
Ô mauvaise épousée voilée d’insectes
Te voici sans enjolivement, sans cils, sans ciel
Rôdant, mauvais renard, autour de la maison
Où je lis en seconde lecture le tome II