La poupée est dormante.
Autour delle est la battue des vents.
Tous ces bras arrachés, tous ces pieds, cet entrecroisement de pas nocturnes
Dans la très sombre rue par temps de neige
Cernant un champ couvert de chevaux
Ils entourent la poupée écarlate, écartelée, lenfant de sept ans avec qui jai joué, qui fut violentée et violée, et quon a retirée du jeu,
Tous ces faussaires ! La poupée était peut-être un peu vivante encore
Non pas le pneu crevé quon garde longuement ombragé pour rien sous des branches dans des pays de fermes,
Patiente éternité des socs et des fers,
Mais autre éternité de caoutchouc, ces pneus, tous ces pneus dans la ville.
La poésie, on la retirée du jeu, on la tuée.
La poupée est dormante.
Il y a plusieurs jardins dans sa rue.
Elle y va avec ses terribles doigts devant ses yeux, cachant ses yeux,
Autour delle les pommiers sont en fleurs, leur neige est à ses pieds.
Dentelle pour les mille fiancées à venir
Qui seront bloquées à leur tour dans le temps durcissant.
Mais que seulement elle ouvre les yeux ! quelle regarde
Lénorme illusion verte, la forteresse engrappée détoiles !
Quelle marche avec ses pieds nus sur le sable
Car la mort nest pas son vrai nom doiseau mythique
Face à la haute peine tombée sur la noirceur des jours
Dans ce monde duquel le soleil sest, à pas lents, retiré.
Quelle regarde, puis se rendorme un peu.
Que la poésie, cristal de mon amour, se rendorme
Avant larrivée ombreuse de la neige, ce rien du rêve,
Ce rien où vont dautres poupées les yeux rivés sur des densités mortes
Comme en pays du sud on boit à la vaine cruche une eau vaine
Près des raisins de la saison et de ses figues.
Ailleurs aussi, je le sais, il y a des poupées de soie et dasphalte
Autour de qui les papillons voltigent par amour de lor dans le temps
- " Pourquoi avoir créé tant de poupées ? " se demande, non sans anxiété, Michel-Ange.
Pourquoi tant de poupées, de poupées et la dormante seule ?
Elle attend de ce quelle est, durement, son pur éveil.
Entre éveil et réveil est le temps quelle respire, lirrespirable,
Elle, assise à sa toilette et de rien ses mains sont
Sur les os du clavier, son très dur chant daveugle dans loreille,
Visant dune très aiguë flèche lange archaïque
Et tout le soleil fixe de sa face.
Elle pleure, inhabitée.
Dehors il y a la rue avec ses autos la ville
Au bout des rues la mer avec ses barques
Elle voudrait boire un peu de thé dans lune de ces barques dit Schehadé.
Elle voudrait marcher vers cela qui lattend depuis toujours,
Acheter du pain et des ufs,
Mais elle est tranchée par lépée, par le talent fort de lépée,
Elle est linexpérience, linespérance
Dans ce très long pays très vert où elle est seule à genoux sous les arbes.
Ma seule, mon aimée
Je te reçois comme une enfant de sarcophage
Dans des bleus doliviers qui ont dimmenses peines
Parce que rien de toi ne ségare au profit des hauts, très hauts nuages
Cest ici ton pays qui est lavers et le revers des feuilles,
Les deux béliers de ton exil.