Salah

Stétié


Le point de vue d'Yves Bonnefoy
Etudes universitaires
Le critique d'art
Libre tribune
Salah Stétié et le Liban
Un auteur francophone
Salah Stétié
en langues étrangères
(traductions et articles)
Extraits
Derniers ouvrages publiés



























L'AUTRE CÔTÉ BRÛLÉ DU TRÈS PUR

La rose de brûlure et le vent de l'esprit
Ont échangé leur neige
Colombe au loin est ce petit peu d'éclat
Devenu larme ou songe
De ce côté du jour où l'endormie
S'éveille incendiée dans la brûlure


Et tous ces bois du long désir, leur dos aux pluies.
Larmes, nous formulons –
Ce pays a en moi sa lampe d'ombre
Dans les labyrinthes du cœur qui va dormant :
Comme une larme est l'enfant d'une autre larme
À la fin une libellule inouïe pure
S'échappe à la pointe de l'être, et tremble





Retenez-moi par l'air au bord des arbres
Et ce bleu de l'esprit
Où la souffrance est nue dans ses ongles
En un matin réel de rosée folle
Le pays rouge et clair
Éparpillé sous les colombes des nuages


Ah ! tuez ces colombes
En écrasant leur ombre sur l'enclume
La désirante avec les géraniums
Tandis que s'en vont de nuit les nœuds
Dans l'invisible établissant leurs pièges





Retenez-moi par la griffe et la rose
Parmi tous les bras lents de l'eau
Mon beau jardin ma roseraie ma rose
Bientôt se formera le fruit
Sous l'immense maternité du nuage
Dans ce pays de grande transparence
Sujet à des excès de libellules
Retenez-moi dans les géométries de l'astre
Tel l'ange sur la dune avec son aile
Entre le ciel et l'évidement du ciel
Grâce à l'archer mon ami respirant
L'odeur de l'eau,
                                         Bientôt le fruit
Dans la coupe de ce jardin de cils
Où se défait face au marbre du vent
L'amante vive





Au-dessus des rosiers qui tombent dans la mer
Avec le songe de leur sel
Sombre et doré de vent est l'enfant mort
Ô traversé d'un glaive
Ses yeux d'arbre et de larmes
Ses yeux de nids et d'arbres
Plus pure étant sa mort que tendre vie
Dans la brûlure de l'esprit l'étoile
Plus pure étant sa mort que vie
Comme statue de la rosée devenue flamme
Et quelle vie ou lampe l'endormie ?
Le cœur le cœur autour de son cristal
En perfection de ce jardin nocturne
Fait d'ongles, avec la lune





Cet enfant de l'esprit
Je l'ai voulu plus nu que le nu fleuve
En qui les époux dorment
Par l'herbe et la rosée de tous leurs membres
Jusqu'au plus loin du fleuve – table rouge
Leur couleur exilée pure et seule
Éclairant l'assemblée
Couple d'amants désirés des nuages
Dans la matière, attendant l'heure


Cet enfant de l'esprit
Le voici qui nous vient et nous revient
Sur lui soleil des larmes
Derrière les arbres on le voit puis on le perd puis il revient et meurt
Puis il revient par les chemins du cœur
Là même où nous voici tenus par la sécheresse
Nos doigts friables pluies
La barque du visage allant devant l'enfance
Le cœur, le cœur circoncis, attablé dans la privation





Retenez-moi dans ce cirque de feuilles
Jusqu'en cet invisible
Où va la main toucher la fraîche lampe
Étonnée et naïve
Dans l'éclat de cela qu'elle est


Retenez-moi par les rusés renards
Qui dans les roses dorment
Puis les voici les anges de l'éveil
Effrayant les nuages
Dans ce pays où la lumière est juge
Ainsi que signe noir de colombe
Sur l'œil des femmes





La pluie est mélangée au lierre de substance
Sous la beauté de l'être et de la pluie
Aimé pays d'image morte vive
En qui l'esprit dans le réseau des neiges
Regarde se déconcerter l'esprit ô patrie pure
Profonde es-tu, partie avec les arbres
Allés sur des cadastres d'incendie
Si beaux grands arbres dans leur verdoiement de cri
Plus pur que pur, leur cri, pavot des neiges
Par nuit de veille auprès de l'eau de neige
Fulgurant dans le brûlant jour de l'esprit





À toute mère il faut donner un silence
Avec les doigts dorés de ses fils
Dans l'ellipse et l'éclair
La lune ayant chassé la vue
Puis cousu et recousu les paupières


À toute mère il faut l'herbe et la lyre
Par prophétie et ce cri d'un visage
Où brille encore une eau presque d'enfance
Que boira en creux la colombe
Chimérique et de gorge nue





Derrière le rideau d'arbres
Il y a la densité de lampe
Soutenue par la fragilité


Et les hommes de songe
Portent la lampe ouvragée de leurs larmes
Dans un bois de poussière
Leurs doigts soudain prudents
Sur une étoile d'ombre
De qui retombe une fontaine vide





Des arbres dans les arbres dans les arbres
Sous le froid des nuages
Suspendus amoureusement dans la parole
Comme un lustre de larmes
A la fin l'aile et le brillant de l'aile
Dans la réalité de nuit réelle
Obscure obscurément par transparence


Lune apparue œuvrée
Comme un balcon d'eau noire
Sur les amants et leurs anges limpides
Entourés par la chasse
Au noir pays où la rose a si mal
Sous la neige ah! tout détruit, chevaux et temps...
Glaive en nos cœurs et le sang recueilli
Donné de jour à la beauté des lampes





L'épée des larmes, elle brûle dans l'esprit
Comme une perle vive
Dans le château nuptial de sa brûlure
Brûlure elle est, château
À brûler l'homme en ses colliers d'eau vive


La lampe est là : est-elle
Prophète et noire à parler langue noire
Quand se défait le fruit
Et que d'énigme se refait le cœur
Limpide et qui s'éteint dans la chaux vive
Où parle seule – à peine endormie – la mort
Brusquée de ciel torride ?





Dans ce pays en suspension de larmes
Est la beauté des morts, leurs cils
Sont une lampe de froid vif et vive
Est une larme arrachée de leur corps


Brûlante larme vive
Sous la lumière d'insomnie ô larme
Qui pense au corps si noir est-il et pur
Qu'une autre larme se refait en transparence
L'idée restant obscure, la terre
Rêvant cela, et sa rivière blanche





La prairie avec ses volutes d'épis
Monte vers la maison limpide
Endormie dans la neige
Sur elle est tombé le raisin de la neige
Offerte en solitude au rossignol
Qui boit le vin d'été
Et parle avec le lion


Dans le bosquet précieux des rossignols d'été


À cause de la neige
La femme brune avec son châle d'eau
S'en va privée de mort
Avec à son cou transparent l'épée des larmes





... Et tout était de terre ici et d'arbres
Sous la lumière avec son nom d'insaisie
De ce côté du jour près de la mort
Avec, si fraîche, la rivière qui la nomme
De ce côté du jour fraîche endormie
Et ses cheveux sont d'une femme et ils dorment
Et son visage est noir et il sourit


Puis nous avons été saisis d'images
Puis dessaisis puis de nouveau saisis
Près de grands arbres palpitants si purs de terre
Que la nuit seule en eux substance vive
S'attachait vive à une source vive
Comme une rose avec le vent perdue





C'est de nouveau l'été de neige et c'est
Le chagrin froid des raisins nus