Salah

Stétié


Le point de vue d'Yves Bonnefoy
Etudes universitaires
Le critique d'art
Libre tribune
Salah Stétié et le Liban
Un auteur francophone
Salah Stétié
en langues étrangères
(traductions et articles)
Extraits
Derniers ouvrages publiés































EXTRAITS

Pauvreté est désert, pauvreté est déserte
Ayant perdu l’herbe de tout visage
Et ses mains imprimées sur le chemin des trembles
Qui est chemin réel
Et ses mains imprimées dans le feu malléable

Anneau de ce feu pur
Autour du bras de la féminité réelle
Dans ce terrible bois d’illusions champ de trèfle
Pour protéger contre le vent d’étoiles
Qui sont débris de nos mythologies réelles
Ta face et ses parties défigurées

Anneau comme une barque avec l’oiseau
Tous deux dans leur habit de silence
Sur une plage où je marche et rêve et siffle
Sous le ciel sans visite
Allant vers de miroitantes ensanglantées
Filles de Moi, mes tourterelles


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Bois des cerfs –

Le pensé. L’arbre. L’impensé.
Puis cela est retombé comme une robe
Arrachée à ce qui fut, rendue à la splendeur matérielle.
Le corps qui fut rêvé avant d’être pensé
Avant d’être saisi, avant d’être.
Un temps il fut lumière, un temps il fut.
Je poursuis ma promenade, ma vaine promenade sous les arbres
La gorge nouée et terriblement couverte.

Puis quelque chose, un non-jardin arrive, on sort
Dans la cohue des jours, leurs lambeaux de couleur
Aux grilles dorées de la nuit, nuit extrême.
On a laissé son chapeau sur la commode, on est seul dans la pauvreté du monde
Puis une grande neige incertaine est tombée à son tour
Broutant, brûlant les racines de l’herbe
Et voilant au cœur de la maison les carreaux d’un soleil lacéré

(…)

Je traîne avec moi, dans ma pensée, un bestiaire, toute une foule
Animaux de théière et enfances, violons, fleurs et branchages
Et je ne cherche pas à savoir où j’en suis
De ce qui fut longtemps cela que j’ai appelé le dehors
De ce qui fut longtemps cela que j’ai appelé le dedans

(…)

J’ai aimé et je suis triste, et la vie
N’est plus qu’un dernier verre avec de l’eau
A demi-bue et ce qui reste est pour le somnifère
Il ne faut pas l’avaler tout de suite, il faut savoir profite de l’ultime infini oiseau du jardin
Et du dernier rebond de la lumière avant la nuit qui sera nuit d’automne

(…)

Le pensé. L’arbre. L’impensé.
Comme une locomotive entrant en gare est la fin de la vie
Elle a traversé des pays, des villes, des bois amoureusement mouillés
Et maintenant elle vient dormir près de moi
Endormi et sur le cheval de ma tête
S’est déployé le bois des cerfs
Bêtes effrayantes d’être si poursuivies

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Presque nuit

Et de grands papillons sont tombés dans la mort
Dans les défroissements de l’origine
Ils ont des yeux pour regarder la mort
Pour regarder le feu et les sommeils
Cela qui fait de la violence de leurs ailes
Soleil et nuit dans le multiple songe
De ces jardins incendiés d’oubli

Un homme est traversé par des couleurs
Et je le vois dormir dans sa paix retenue
Au-dessus de sa vie est le plus sobre ciel
Avec l’enfant de l’araignée pour tout recoudre
Musique et dispersion de ces pollens sonores
Qui deviendront nuage et rage de l’esprit
Contre cela qui tend sa main réelle
Comme une barque immense de l’esprit
Brûle et se tait

(…)

J’irai jusqu’à l’ultime porte du désir
Avec les liserons bleui d’une pensée
Debout dans les immaculés du temps
Comme une perle est un soleil tranquille
Au-dessus des liquidités d’un lac
Lui-même obscur et vaporeux déjà.
Sur lui la cérémonie promise
De deux insectes.

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Pauvreté est désert, pauvreté est déserte
Ayant perdu l’herbe de tout visage
Et ses mains rassemblées sur le chemin des trembles
Qui est chemin réel
Et ses mains rassemblées dans le feu de matière

Anneau de ce feu pur
Autour des bras de la féminité réelle
Femme réelle, et bras, et corps réel
Au liseré d’un bois d’eau longue et de rivière
Brise durcie, larme durcie, brise dure
Qui sont débris de nos mythologies
Pour protéger contre le grand chaudron d’étoiles
Ta face et ses parties défigurées

Anneau pourtant, anneau d’un fil de sang
Avec l’oiseau, l’étoile ébouillantée,
Tous deux dans un résidu de goudron
Sur une plage où je rêve et crie et siffle
Sous un ciel sans visite
Allant vers elles, mes miroitantes, mes vives,
Filles de Moi, mes tourterelles.