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Stétié |
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et des mouches Plus que toute autre chose une pierre, par exemple lhomme veut laisser derrière lui une trace. Cela ne lempêchera nullement, par ailleurs, de laisser aussi une pierre dans son dos : pierre tombale, cippe funéraire, statue... Mais, plus essentielle à ses yeux est la trace évasive, peut-être inconsciemment ressurgie des profondeurs de son passé nomade. De son passé indécis et de son présent en apparence stabilisé, de sa fragilité constitutive, ce destin vaporeux de nuage qui est le sien, il souhaite déduire quelque chose de plus vaporeux encore : un signe, une assemblée de signes. Une assemblée de signes, à partir dun alphabet inventé et se formant mot à mot en une réserve démotions et de sens, cest cela quon appelle un livre. Lhomme lécrivain dans le cas despèce se veut, assez mystérieusement, lauteur dun livre. Auteur ! Or un livre, outre les pattes de mouches qui linscrivent et qui, ailes de mouches, senvoleront, est fait de la matière la plus vulnérable qui soit, papier mort avant que dêtre né, objet de la convoitise barbare de tous les fléaux déchaînés : feu du ciel, eau de la terre, populations stupides de myriades de constellations papirophages qui sont encore plus avides et plus aveugles que les hommes, climats, montées imprévues (quoique prévisibles et inscrites à tous nos horizons), de linsensibilité et de la bêtise, et toutes autres plaies dÉgypte, celles quon connaît et celles quon ne connaît pas. Et pourtant, muré dans son entêtement, lhomme veut laisser, face au sable et au vent, face au terrible, une marque tendre ou dure de sa traversée des choses: un livre. Nous croyons habiter une planète qui tourne autour dune étoile de feu et nous tournons, croyons-nous, avec notre habitat autour de ce feu dévorant et qui nous dévorera. En fait, nous habitons la maison de nos livres, dont certains sont dits par nous saints ou sacrés ; nous nous sentons protégés par leur murmure à nos oreilles et, à nos yeux, par cette brume zébrée déclairs qui monte des pages. Cest autour de nos mots que nous tournons. Déjà partis, un pied dans le vide, nous imprimons dun coup de talon lempreinte paradoxale de notre néant sur la peau du désert naissant. |