Salah

Stétié


Le point de vue d'Yves Bonnefoy
Etudes universitaires
Le critique d'art
Libre tribune
Salah Stétié et le Liban
Un auteur francophone
Salah Stétié
en langues étrangères
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Extraits
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Post-scriptum

L'équation Vie = Poésie est bien évidemment la mienne, - depuis toujours.

C'est dire que je ne souhaite pas opposer vie et poésie, que la première m'apparaît le nid de la seconde et qu'aussi bien c'est la poésie qui donne à la vie des ailes. Des ailes, c'est-à-dire un espace, c'est-à-dire une direction (toutes les directions à la fois), c'est-à-dire un sens (tous les sens possibles).

Mais - et c'est peut-être le principal argument en faveur de la vie en poésie - celle-ci, la poésie, en arrive à ramener toutes les directions à une seule, tous les sens déployés au seul sens qui vaille. Il s'agit, à travers l'ensemble des offrandes que nous fait la vie, certaines heureuses, d'autres chagrines ou malheureuses, d'aller là où la parole allume une lampe et, autour de cette lampe qui nous retire à la confusion universelle, de voir s'ordonner pour le peu de temps que nous l'habitons la violente chambre cosmique.

Poète est celui qui voit double : il voit les choses et, simultanément, il voit leur ombre limpide dans le plus noir d'un miroir paradoxal. J'ai écrit quelque part (on me pardonnera de me citer moi-même) : Par défaut de nuit beaucoup de ce qui est écrit manque de langue, par défaut de langue beaucoup de ce qui est écrit manque de nuit.

C'est au point de rencontre de la langue et de la nuit que s'enracine le poème. Et c'est là sans doute, en cet isthme, que la vie, pour réussir son passage, se fait la plus intense, la plus délicate, la plus forte, la plus vulnérable. Une rose dans la fatigue, ai-je également écrit.

Non, je ne suis pas pour la vie recluse en poésie. Je suis pour que portes et fenêtres soient ouvertes et que les milliers de présences du monde viennent agresser la langue. Je suis même pour que la maison brûle et que d'elle ne subsiste que ce que le feu et la flamme n'ont pu dévorer ni réduire à l'état de cendre. La poésie est l'incendie des aspects : cela fut dit.

... Or voici que le poète a vieilli. A-t-il parlé de lampe ? La fin de la vie apporte avec elle sa lampe, écrit Joubert.

Post scriptum, in Hermès défenestré, éditions José Corti, 1997.



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