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Stétié |
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Où qu'on aille en poésie, on bute sur Mallarmé.
Il est si solitaire que, d'être ainsi entour de solitude, il effraie. Il effraie mais, dans le même temps, il fascine : Calme bloc ici-bas chu d'un désastre ... Car, lui aussi, il est fils du désastre comme tous les poètes qui, pour mériter de parler, ont dû côtoyer l'abîme. C'est l'un des plus étonnants abîmes que celui de Mallarmé, semblable, ontologiquement parlant, à celui dont Pascal a, dit-on, traîné l'illusion dans les dernières années de sa vie partout où il allait. L'abîme de Mallarmé n'est pas illusoire : véritablement le poète s'est confronté avec lui à différents moments de sa vie et, chaque fois, il s'en est tiré en un rétablissement spectaculaire par la vigueur du tour de reins de l'athlète intellectuel qu'il était. Jusqu'au bout de l'oeuvre, jusqu'au bout de la vie, "sa pensée [se sera] pensée" et, là où d'autres s'égareront (Nerval) ou démissionneront (Rimbaud), il tiendra, avec ce grand orgueil modeste qui le caractérise, le pas gagné. Ce pas le conduira vers quelque chose qui ressemble à Rien. Il admettra la victoire sur lui du Rien mais gardera précieusement dans l'extrême épurement de son vocabulaire volontairement réduit le "quelque chose" qui ne lui a pas été retiré. (Pour acquérir ce livre, |