Liban par Salah Stétié, 170 photographies de Caroline Rose, 256 p., Imprimerie nationale, 75 euros
Il y a eu la guerre de l'été 2006, et toutes les guerres et toutes les paix d'avant... C'est un pays livré aux bûcheurs et aux flâneurs, terre promise et terre d'exil, dont on se demande si quelque dieu envieux des trop humaines voluptés ne l'a pas condamné à souffrir les pires tourments, en contrepartie de sa faculté à offrir les meilleurs agréments de la vie.
Long de 218 km et large de 70 km au plus, étendu sur 10 000 km2 et peuplé de 4,5 millions d'habitants répartis entre dix-sept confessions, le Liban est un joyau d'azur, de verdure, de terre brune et ocre aux fronces de neige blanche ou de roche rouge. Son histoire passée et présente ne laisse pas d'intriguer. Salah Stétié le premier. Pour le poète et critique d'art libanais, spécialiste de l'islam (et de Rimbaud!), le Liban nous confronte à ce mystère: "Comment, si vieux, sait-il être si jeune, si petit, être présent partout dans le monde, si profondément ancré dans son aspect arabe, être malgré tout ce lieu favorisé où les principales libertés intellectuelles et rituelles, pour l'essentiel, sont sauvegardées?"
De sa splendeur conservée, restaurée ou renouvelée, témoignent les clichés de Caroline Rose.
Ici, l'incroyable promontoire en pied d'éléphant, cette "marche de la mer" qui flanque la route de Batroun à Tripoli.
Là, le scintillement des cèdres, «seigneurs des arbres», dit Stétié, qui s'élèvent au long de la route de Bécharré, le village de Khalil Gibran.
À l'occasion du soixante-quinzième anniversaire de sa mort, la collection Bouquins vient justement de publier ses œuvres complètes en un volume, dont Le prophète, traduit de l'arabe par Salah Stétié. Au loin, la maison de Renan à Byblos ou le vieil olivier noueux de Bchaalé. Insolites, les frises de stuc du palais de Joumblatt à Saïda.
Le génie du Liban tient aussi à ses vignes.
Avec Salah Stétié et Caroline Rose, l'érudition est aussi grisante que la poésie. Un très beau livre à voyager sur place.
Ph. D. in Lire du 1er décembre 2006